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Cinéma

Joël Karekezi :’’c’est le moment pour nous aussi d’oser confronter le marché international’’

Joël Karekezi , réalisateur de The Mercy of the Jungle

Du génocide à l’Etalon d’or de Yennenga, le parcours d’un autodidacte. Joël Karekezi vainqueur de la distinction suprême au Fespaco 2019 est présent à la 4e Edition de Ouaga film Lab. Invité de marque à cet événement, il présentera son film et participera à un master class. Nous l’avons rencontré pour parler de son film et de son parcours. Lisez !

Sud Sahel (SS):Comment vous vous êtes formé en cinéma ?

Joël Karekezi (JK) : A la base je faisais la biologie et la chimie à l’université ; mais comme j’aime les choses techniques, je trouvais que la biologie était un peu théorique. Par la suite, j’ai découvert une école en ligne au Canada où je pouvais apprendre la réalisation du cinéma et c’est comme cela je me suis lancé dans le cinéma en tant qu’autodidacte en apprenant l’écriture scénaristique.

En 2009, à travers Maisha film lab, j’ai réalisé mon premier court métrage intitulé le Pardon. En 2013, j’ai autoproduit mon premier long métrage intitulé Imbabazi : le Pardon. Ce film a été projeté au Fespaco 2013 en panorama. C’est à la même année que j’ai entamé le projet de La Miséricorde de la jungle qui a pris fin en 2018. Ce dernier a été projeté au festival international du film de Toranto (au Canada) en 2018 et au Fespaco en 2019.

SS : D’où vous est venue l’idée de réaliser le film La Miséricorde de la jungle ?

JK : La Miséricorde de la jungle est une histoire qui se passe au Congo. Comme c’est un pays voisin, j’ai suivi la guerre qui s’est passée au Congo. Elle a fait souffrir beaucoup de gens et ça continue jusqu’à présent. Aussi j’ai vécu dans mon pays le génocide contre les Tutsis dont moi-même je suis rescapé.

J’avais envie de faire un film antimilitariste dans cette région au Congo. J’ai fait beaucoup de recherches et c’est à partir de là que j’ai écrit le scénario de La Miséricorde de la jungle. En fait, c’est un film où deux personnages vont se perdre dans la jungle. Ils vont se découvrir et aussi découvrir la jungle qui est un personnage vivant. La jungle va voyager avec eux et les transformer psychologiquement.

SS: Pourquoi qualifiez-vous la jungle de personnage dans ce film ?

JK : (Rire) C’est pour cela, il faut voir le film. Pour moi, au moment où ils se perdent dans la jungle vous remarquerez que la jungle elle est vivante. Elle est présente et elle va voyager avec les personnages. C’est une jungle qui va confronter psychologiquement nos deux personnages. J’ai insisté au moment du tournage de la filmer de sorte à ce que l’audience puisse voyager avec les deux personnages.

De la gauche vers la droite: Joël Karekezi (réalisateur), Alex Moussa Sawadogo (directeur artistique de OFL), Aurelien Bordinaux (Producteur)

SS : Nous avons vu que dans vos deux films, le Pardon et La Miséricorde de la jungle, vous évoquez le sujet de la guerre. Est-ce votre parcours personnel qui vous a inspiré ?

JK : Oui, je dirai que c’est un peu mon parcours mais de l’autre côté ce sont des films qui essaient de traiter de la guerre mais d’une manière différente. Avec La Miséricorde de la jungle ça renforce beaucoup plus la paix et l’espoir. Mon premier long métrage le Pardon essayait de revenir sur la paix et la réconciliation après les atrocités et le génocide contre les Tutsis. C’était pour savoir si à l’issue de tout cela l’on pouvait toujours pardonner. Oui pour moi c’est un questionnement que moi-même je me pose. J’ai besoin de comprendre et c’est pour cela que j’ai fait ces deux films.

SS : Le Monteur de votre film Antoine Donnet était avec vous dans la jungle à faire la régie. Est-ce que c’était stratégique ?

JK : Lorsqu’il faisait la régie, ce n’était pas prévu que c’est lui qui allait faire le montage du film. Au moment du tournage, il voyait chaque jour ce que nous faisons. A la fin, j’avais envie de travailler avec quelqu’un qui comprend notre parcours dans la jungle et là je lui ai proposé de faire le montage de mon film et il a accepté. Travailler avec lui a été vraiment magnifique. Cela ne m’a pas fatigué et c’était un bon monteur. Je n’ai pas regretté de travailler avec lui.

SS : Selon certaines indiscrétions, vous avez préparé votre film pendant 7 ans ? Pourquoi une telle durée ?

JK : Au fait, le tournage a pris 5 semaines en Ouganda mais l’écriture de La Miséricorde de la jungle a commencé en 2011 ; et en ce moment j’étais le seul producteur du film. Avec mon premier long métrage, j’ai fait de l’autoproduction et cela m’a beaucoup fatigué. Cette fois-ci, je ne voulais pas faire de film dans les mêmes conditions.

C’est en ce moment que j’ai commencé à chercher d’autres coproducteurs. J’ai fait La fabrique cinéma, The Open Door etc. pour pitcher le projet. En fait, c’est le processus pour mettre en place l’équipe, de trouver des coproducteurs et du financement qui a pris du temps. J’ai commencé à travailler avec mon producteur Aurélien Bodinaux entre 2014 et 2015. En 2016, nous avons commencé à chercher les financements et on a tourné le film en 2017. C’est ça le parcours … Je peux dire que le projet n’a pas fait 7 ans en tant que tel.

Aurelien Bordinaux, Producteur de The Mercy of the Jungle

SS : Nous savons que l’une des difficultés dans le cinéma c’est la recherche du financement pour le film. Dites-nous comment vous avez obtenu les fonds nécessaires pour réaliser votre film ? Et combien il a couté ?

JK : Financer un film, ce n’est pas facile. Pour moi, cela m’a pris du temps. A partir du moment où j’ai eu un producteur qui comprenait le projet et qui était prêt à se battre à mes côtés, nous avons essayé de pitcher le projet un peu partout pour chercher le financement mais ce n’était pas facile. On n’aime pas parler du budget mais je peux dire que ça nous a couté à peu près neuf cent mille euros environ.

SS : D’aucun estime que vous avez remporté l’étalon d’or de Yennega parce que votre pays était l’invité d’honneur au Fespaco 2019. Que dites-vous de cela ?

JK : (Rire) Non il faut voir mon film d’abord avant de juger. Certes, il y avait de très bons films en compétition mais je pense aussi que mon film l’a mérité. Je pense qu’il faut voir mon film avant de me poser cette question de savoir si je l’ai mérité ou pas.

SS : Vous êtes actuellement à Ouagadougou dans le cadre de la 4e édition de Ouaga film lab. Quelle est votre histoire avec ce festival ?

JK : (Rire) En fait je suis ami avec le cofondateur de Ouaga film lab, Moussa Alex Sawadogo. Il est le coproducteur de mon film. On s’est connu et il m’a beaucoup parlé de ce projet et j’avais envie de venir.

De la gauche vers la droite: Joël Karekezi, Alex Moussa Sawadogo

C’est bien que je sois venu à la 4e édition mais je pense que je reviendrai toujours. C’est un projet que j’aime beaucoup parce qu’il aide à la fabrication des projets de film, de l’écriture en passant par le développement jusqu’à la production. Et je trouve que cela est nécessaire pour que le film soit bien fait avec des bons moyens mais aussi avec de la qualité. C’est un projet magnifique pour moi et je viendrai toujours.

SS : De nos jours les films africains ont du mal à rivaliser avec les autres films sur le marché international. Selon vous que doit-on faire pour relever le défi ?

JK : Il est évident que ce n’est pas facile pour un film africain de concurrencer sur le marché international ; mais je pense aussi que c’est le moment pour nous d’oser nous confronter à ces marchés. Pour mon cas, depuis la sortie de La Miséricorde de la jungle, il a été projeté en France, en Belgique, d’autres pays. Il voyage souvent dans beaucoup de festivals et l’audience l’apprécie beaucoup. J’ai remarqué que les cinéphiles regardent mon film jusqu’à la fin. Je pense que l’on doit arriver à créer un système de distribution et de marketing pour vraiment promouvoir le cinéma africain à l’international. C’est nécessaire que nos films soient vu dans le monde et changer aussi les mentalités.

SS :Nous savons que le Rwanda a subi un génocide en 1994 mais de nos jours, il fait partie des pays les plus émergents en Afrique. Dites-nous comment vous avez réussi à tourner la page et être aujourd’hui un modèle de développement ?

JK : Le Rwanda a traversé des moments très difficiles. On a perdu beaucoup de vies. Economiquement, on a recommencé à zéro. Mais après, le gouvernement, la population et tout le pays a compris qu’il fallait avancer malgré tout ce qui nous est arrivé. Politiquement, il a fallu aider la population à vivre ensemble. On a instauré un système d’unité et de réconciliation. L’Etat a également travaillé beaucoup sur le plan économique. Ils ont investi dans tous les domaines. Aujourd’hui le pays avance et les gens ont compris qu’il faut avancer. Je pense que c’est ce qui fait la force du développement du Rwanda.

SS : Aujourd’hui vous êtes le plus jeune cinéaste à avoir remporté l’Etalon d’or de Yennega. Dites-nous quelle est la suite ?

JK : La suite je ferai un autre film, un bon film aussi. Je suis en phase d’écriture et ça avance bien. Je reviendrai avec un autre film ici.

SS : Pour un deuxième Etalon d’or ?

JK : (Rire) Je ne fais pas un film pour le prix. J’ai envie de faire un film qui raisonne, un film qui a un message. Le prix n’est pas mon objectif. Mon objectif c’est de faire un bon film.

Propos recueillis par Karim Ouedraogo et Abdoul Rahim Tapsoba

Journaliste Blogueuse Burkinabè passionnée de l'Art

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